Publié par Gaëlle et Elie

Le point de vue du mort

Le point de vue du mort

La gâchette a cédé, j'ai touché le ventre poli de la crosse et c'est là, dans le bruit à la fois sec et assourdissant, que tout a commencé.

L'étranger, Albert Camus - Chapitre VI

– Le point de vue de l’Arabe –

          J'ai déjeuné au restaurant de la plage. J'ai chaud et un peu mal au ventre, je crois que j'ai trop mangé. Quelle bonne idée j'ai eu d'aller me reposer sur ce rocher, telle une bernique, j'espère que mon mal de ventre va passer. Je ne dors pas, je repense à ce Raymond et à son ami Meursault. Si ça se trouve, ce sont eux qui me donnent mal au ventre.  

          Il me dérangeait affreusement ce Meursault, encore plus que Raymond. S'il revient, je ne suis pas sûr de lui laisser la vie sauve. Tout ne va pas bien se passer, malheureusement. Je n'aime pas du tout l'air malicieux et hautain du nouveau. Très jeune dans le réseau.

          Et bien sûr, qui vois-je s'approcher de moi ? Le satané Meursault, encore un sale pied noir, l'ami de celui qui utilise ma sœur ! Il s'approche de plus en plus près de moi. Alors je mets ma main dans ma poche pour tenir mon couteau, heureusement que je l'ai gardé avec moi ! Je ne sais pas ce qu'il me réserve, étant donné que j'ai blessé son ami. Je vois bien qu'il a aussi sa main au frais, je me sens en sécurité avec mon couteau.

          Est-ce qu’il vient jusqu'ici juste pour me narguer ? Moi, je n'ai qu'une idée, c'est utiliser le couteau qui me sert d'arme. Il est maintenant à peu près à dix mètres de moi. Je le regarde très mal pour lui faire comprendre qu'il n'est pas bon de m'approcher et de rester sur ma plage. Mais il ne semble pas comprendre, ce ballot de Meursault. Qu'est-ce qu'il m'agace celui-là ! Je viens de repenser que je m'étais battu avec son ami Raymond quelques temps avant, vu comme je me suis acharné sur lui, je me demande ce qu'il fait là au lieu d'être à l'hôpital.

          Voilà que je ris un peu trop fort. Meursault se retourne, je vois son visage crispé, plein de sueur sur le front. Plus les gouttes de sueurs tombent sur son visage, plus il prend un air méchant. Ma main, dans ma poche, se crispe sur le couteau. Je commence à paniquer, je ne lui montre pas, mais je lui montre mon arme au soleil, qui fait rebondir la lumière. Je l’agresse à distance.

          Il a vraiment quelque chose dans sa poche, mais qu'est-ce que c’est ? J'étais en bonne position pour l’attaquer. A ce moment précis, le temps s'arrête. Je rejoue mon geste au ralenti, le soleil m'éblouit, Meursault sort de sa poche un revolver. Une demi seconde, et j'entends une détonation ; la demi seconde suivante je n'entends plus, je ne vois plus, un flot de sang sort de mon ventre.

           Mais qu’est-ce que…

          Ombre s’approche.

          Tête.

          Froid.

          Coups.

          Feu. Omb…

Tag(s) : #l'étranger S6
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