Publié par Jeanne et Clara K.

Souvenirs salvateurs

J'ai compris qu'un homme qui n'aurait vécu qu'un seul jour pourrait sans peine vivre cent ans dans une prison.

L'étranger, Albert Camus - Chapitre VIII

Meursault en prison

          Je me souviens de ce dimanche où j'avais eu beaucoup de mal à me lever, Marie avait été obligée de m'appeler pour me sortir du lit. Ce jour là nous n'avions pas mangé parce qu'on voulait se baigner tôt. Cela me coûtait un peu d'y aller car je me sentais vide et j'avais mal à la tête, mais j'avais envie de faire plaisir à Marie, et je savais qu'une fois dans l'eau, je serais heureux d'y être avec elle. D'ailleurs, elle se moquait de moi car elle trouvait que j'avais « une tête d'enterrement ». Dans ma tête les images de la belle femme, habillée d'une robe en toile blanche, et les cheveux lâchés, qui se tenait devant moi pendant cette journée, tournaient en boucle. Je me souviens lui avoir dit que je la trouvais très belle, et elle a ri de plaisir. Avant d'arriver en bas de mon immeuble, nous avons frappé à la porte de Raymond, qui nous dit à travers la porte qu'il nous rejoindrait dehors. Je n'avais pas encore vraiment vu la lumière du jour. En arrivant dehors, j'ai reçu une gifle du soleil qui brillait dans le ciel. Marie, elle, sautait de joie dans ce beau temps. Je me suis tout à coup senti mieux, et je me suis rendu compte que j'avais finalement faim. Je l'ai dit à Marie. Elle me répondit en me montrant son sac de toile cirée qui portait nos maillots de bain et une serviette. Nous avons attendu Raymond longtemps, tellement longtemps qu'on a failli partir sans lui. Quand il était enfin arrivé, il était habillé d'un pantalon bleu et d'une chemise blanche à manches courtes qui laissait apparaître ses avant-bras blancs sous ses poils noirs, cela me dégoûtait un peu. Il avait mit un canotier, ce qui provoqua le rire de Marie. En descendant, il sifflait. Il avait l'air très content. En s'approchant de nous il m’a dit « Salut, vieux », et il a appelé Marie «  Mademoiselle ».

          Je me rappelle aussi de tous ces moments passés avec Maman, ces moments qui paraissent tellement lointain que j’ai peine à croire à ces souvenirs. Je me souviens de ce jour d'été ensoleillé. Maman et moi nous étions baladés en voiture sur la côte algéroise. Ce jour-là le soleil tapait sur la petite voiture rouge. Je n'aimais pas vraiment cette balade au début, mais plus le temps passait, plus j'appréciais la sortie avec Maman. Des sorties, que nous deux, Maman et moi, faisions rarement, car elle n'avait pas beaucoup de temps libre, mais ce jour-là, elle avait pris une après-midi pour moi. Puis nous nous arrêtâmes au bord d'une plage, nous marchâmes, nous étions si heureux d'être là ensemble. J'ai dit à Maman de venir se baigner, on a couru vers la mer, puis nous avons plongé tous les deux dans la mer turquoise. Je suis resté des heures dans l'eau, Maman, elle, bronzait sur le sable en me regardant jouer avec les vagues. Le soleil se coucha sur la plage et nous reprîmes la route pour rentrer au centre-ville d’Alger.

 

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