Publié par Jeanne

Un examen plus minutieux des lieux me donna à penser que, depuis un temps indéterminé, Bartleby devait manger, s'habiller et dormir dans mon étude, et cela sans assiette, miroir, ni lit. Le siège capitonné du vieux sofa bancal qui meublait un coin portait la vague empreinte d'une maigre forme couchée. Je trouvais une couverture roulée sous son pupitre ; sous la grille vide de l'âtre, une boîte de cirage et une brosse ; sur une chaise, une cuvette de fer-blanc, du savon et une serviette de loques; dans un journal, quelques miettes de biscuit au gingembre et un morceau de fromage. Oui, pensai-je, il est manifeste que Bartleby a fait de ce lieu son logis, qu'il y tient tout seul ses quartiers de célibataire.

Bartleby le scribe (1853), Herman Melville

Bartleby le scribe

Bartleby le scribe

écrit par Herman Melville

 

         Cela faisait maintenant plusieurs mois que Bartleby avait été recruté afin de travailler au bureau aux côtés de Dindon, Lagrinche et Gingembre en tant que scribe. Mais au bout d'un certain nombre de mois, le directeur de ce bureau remarqua quelque chose d'étrange à propos de Barleby, il semblait vivre dans son bureau. En effet, Bartleby avait demandé à mettre un paravent entre son bureau et celui de son directeur, de plus, ses réponses étaient toujours la même : "Je préférerais ne pas". Le narrateur trouvait son comportement suspect. Et il avait bien eu raison, le jour où il voulut rentrer dans son bureau, mais que la serrure montra une résistance.

        Mais en quoi Bartleby semblait-il vivre ici ? En réalité, Bartleby cherchait un travail afin d'avoir accès à des locaux pour pouvoir avoir un toit la nuit et même le jour. Quand le directeur lui proposa de travailler avec lui dans son bureau, Bartleby accepta mais exigea d'avoir un paravent entre les deux bureaux afin de pouvoir cacher les affaires qu'il utilisait au quotidien pour se laver, pour manger, s'habiller, dormir : bref pour vivre. Le narrateur avait vu juste quand il pensa, grâce à la forme du vieux sofa bancal dans le coin de la pièce, et à la couverture roulée et cachée sous son pupitre, que Bartleby passait ses nuits dans son étude. Depuis le temps que Bartleby vivait dans ces locaux, il avait développé une routine. Chaque matin, avant que le soleil ne se lève, Bartleby se rendait dans les toilettes du bâtiment et commençait par se brosser les dents, il se peignait les cheveux pour paraître discipliné lorsque que ses collègues arrivaient au bureau. Il allait ensuite s'habiller puis rangeait tout ce qu'il avait déballé pour que personne ne se rende compte qu'il dormait ici. Bartleby avait peur que quelqu'un ne découvre son secret car il pensait qu’il serait licencié si le directeur s'en apercevait. Dans ce cas, les efforts et le travail de Bartleby pour avoir un double des clefs tomberaient à l'eau et il se retrouverait encore une fois à la rue à demander des pièces pour pouvoir survivre au froid et à la faim dans les rues de cette ville pleine de vie. Après avoir tout rangé, il sortait faire les poubelles ou essayait de trouver à manger pour pouvoir déjeuner. Il ne revenait que lorsque que quelqu'un était arrivé au bureau pour ne pas éveiller les soupçons. Lorsque l'heure du repas de midi arrivait, le paravent lui était utile pour manger les trouvailles du matin sans que personne ne suspecte rien. L'après-midi, il continuait de travailler comme si de rien n’était. Quand venait le soir, il sortait comme tout le monde des locaux encore une fois pour que personne ne le suspecte de quoi que ce soit. Le temps que tout le monde sorte du bâtiment il refaisait une ronde dans la ville pour trouver son repas du soir dans les poubelles, ou partout où il pouvait trouver de la nourriture. En rentrant il mangeait ses trouvailles. Il préparait ensuite le sofa bancal du coin de la pièce avec la seule petite couverture qu'il avait trouvée, bien avant d'être recruté dans ses bureaux quand il dormait encore dans les rues. Ensuite il allait aux toilettes du bâtiment pour faire sa toilette. Il allait ensuite dormir jusqu'au lendemain matin, où la même routine recommençait encore et encore chaque jour : et cela depuis des mois maintenant.

 

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