Publié par Arthur

À l’auberge

C'était une auberge de campagne, blanche, plantée au bord de la route. Elle montrait, par la porte ouverte, le zinc brillant du comptoir devant lequel se tenaient deux ouvriers endimanchés.

Une partie de campagne (1881) - Maupassant

            Depuis quelque temps la famille Robinson projette de déjeuner aux environs de Paris.

        Le jour venu nous nous levâmes de bonne heure. M. Robinson avait emprunté la voiture d'un de ses amis, c'était lui qui conduisait car c’est une tâche d’homme. La voiture était très propre. A l’arrière se trouvaient les enfants de monsieur et madame Robinson, ils avaient un garçon et une fille. La femme était vêtue d'une robe de soie. Après avoir suivi l'avenue des Champs-Elysées et franchi les fortifications à la porte Maillot, on pouvait voir la campagne. Quelques kilomètres plus loin nous nous arrêtâmes devant une très belle enseigne : Restaurant Poulin ; matelotes et fritures, cabinets de société, bosquets et balançoires. "Mme Robinson, cela vous va-t-il à la fin ?" Elle lut l'enseigne. C'était une auberge de campagne, blanche, plantée au bord de la route. La porte était ouverte on pouvait voir un homme qui se tenait devant le comptoir. A la fin, Mme Robinson se décida : "Cela me va, l'auberge et très belle." La voiture se gara derrière l'auberge sur un petit espace aménagé de cinq places. On descendit. M. Robinson mit pied à terre le premier, puis sa femme et enfin ses enfants. Ils allaient s'installer, malheureusement à la meilleure place de l'auberge se trouvaient deux jeunes gens qui déjeunaient déjà. C'était des ouvriers, sans doute, car ils avaient les bras aussi robustes que des forgerons, et leurs jambes étaient celles de cyclistes. Ils échangèrent rapidement un sourire en voyant la mère, elle était bien en chairs, et un regard en apercevant la fille. "Donnons notre place, dit l'un, ça nous fera faire connaissance." On accepta en les remerciant. Après le repas et quelques discussions avec les deux hommes, les hôtes – intéressés par la compagnie féminine – proposèrent avec politesse de faire un tour aux deux dames. "Monsieur Robinson, veux-tu ? Je t'en prie !" cria sa femme. Il avait trop bu. Sans comprendre, il accepta tout ce qu'on voulut. Un des jeunes hommes se dévoua et prit la mère, l'autre prit la fille et s'en alla plus doucement. Le cycle où se trouvait la mère s’arrêta pour allait chercher de l'eau car elle avait soif, le cycliste dit à son compère de continuer, puis de les attendre à la forêt. Arrivés à la forêt le cycliste et la jeune femme s’arrêtèrent. Elle entendit un cri d'oiseau : "C'est un rossignol" dit le motard. Ils allèrent s'asseoir sous l'arbre où se trouvait l'oiseau. Il y eut un silence, aucun des deux ne parlait. Ils jetaient juste quelques regards timides. Pour briser ce silence le cycliste demanda le nom de la jeune femme.

      "Je m'appelle Charline, répondit la jeune femme, et vous ?"

     "Tiens ! moi je m'appelle Charles", reprit-il.

       L'oiseau se remit à chanter, la jeune femme était émue, sans savoir pourquoi elle se mit à pleurer. Charles pour la réconforter la prit dans ses bras et l'embrassa, elle se laissa faire. Tout à coup, ils entendirent l'autre cycle arriver.

      Ils repartirent ensemble à l'auberge où M. Robinson s'impatientait. Arrivés à l'auberge les deux hommes déposèrent les femmes et partirent. La famille Robinson rentra à Paris.

     Quelques mois plus tard Charles passa à Paris s’arrêta et lut sur une porte : Robinson, quincaillier. Il entra. La grosse dame se trouvait au comptoir. Il demanda des nouvelles. " Et mademoiselle Charline, comment va-t-elle ?"

- Très bien, merci, elle est mariée.

- Ah !...

- Et... Avec qui ?

- Avec le voisin.

- Oh ! D'accord.

     L'année suivante Charles retourna sous l'arbre et vit Charline avec son mari, qui dormait juste à côté. Ils se mirent à parler comme si rien ne s'était passé. Son mari se réveilla et dit : " Je crois qu'il est temps de rentrer ! "

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