Publié par Élie & Gaëlle

Dans la tête des inquisiteurs

Après le tremblement de terre qui avait détruit les trois quarts de Lisbonne, les sages du pays n’avaient pas trouvé un moyen plus efficace pour prévenir une ruine totale que de donner au peuple un bel auto-da-fé ; il était décidé par l’université de Coïmbre que le spectacle de quelques personnes brûlées à petit feu, en grande cérémonie, est un secret infaillible pour empêcher la terre de trembler.

Candide (1759), Voltaire

     Les inquisiteurs se trouvaient dans les ruines de la ville dévastée par le terrible séisme. Prenant à parti des habitants de la ville pour les convaincre que c'était à cause d'eux que le tremblement de terre avait eu lieu, car ils avaient péché, ils leur expliquèrent que ce tremblement de terre était un châtiment mérité, et que cette calamité pourrait sévir derechef, si l’on n’écoutait pas les plus sages.

     D'après eux, il fallait brûler quelques personnes en sacrifice, pour faire pénitence.

    Vint le moment de la rencontre des inquisiteurs et des deux voyageurs, Candide et Pangloss. Les inquisiteurs savaient qu'ils n’étaient pas d'ici. Comme ils avaient appris que Pangloss était philosophe optimiste, cela faisait de lui leur ennemi, car les sages voulaient terroriser le peuple lisboète. Ils haïrent de suite, par principe, et par intérêt, les deux voyageurs. Ils les emmenèrent dans des cachots souterrains, suffocants car sans fenêtres.

    Les présumés sages ne pensèrent pas à établir de vrais jugements, ils voulaient uniquement que leurs ennemis meurent rapidement. Ils projetaient la mort de Pangloss, ils redoutaient qu'il ne diffuse son optimisme, et que le peuple lisboète n'ait plus peur de leur vérité soi-disant « révélée ».

     Les inquisiteurs pensaient tant à produire un effet de terreur qu'ils mettaient en place toute une mise en scène avec musique, costumes ridicules et humiliants, afin de faire des martyrs, d’horribles repoussoirs pour la foule. Les inquisiteurs affublèrent les condamnés, vite jugés, avec des san benito et des mitres parodiques.

     Les faux sages se réjouissaient de la souffrance présente, comme de la mort à venir. Atroce supplice pour les uns, joie sadique pour les autres.

    Les orthodoxes de la foi mortelle pourraient encore semer la terreur longtemps et tranquillement, sans que Pangloss ne répande son optimisme chez les lisboètes.

 

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