Publié par Lenny

Chagrin inconsolable, Ivan Kramskoï, 1884

Chagrin inconsolable, Ivan Kramskoï, 1884

Elle, que nous croyions avancer si posément dans la paisible enfilade des jours, glissait parfois, elle aussi, au bord des larmes.

Le Testament français, Andreï Makine

       C’est la première larme que j’ai vu couler sur sa joue, la première fois que je l’ai vue pleurer.

     Je ne comprenais pas grand-chose, habituellement quand j’allais à l’église tout était plus joyeux, j’étais content d’y aller. Mais ce jour-là, je ne compris rien à ce que disait le prêtre, je ne comprenais pas pourquoi tout le monde était triste. En effet, c’était bien la première fois que ma mère pleura devant moi, je mis du temps à m’en rendre compte.

     C’était une femme forte d’habitude, toujours souriante, à rire de n’importe quoi, à l’exception de ce jour. Je n’étais pas du genre à être triste, jamais je ne l’étais, je n’avais jamais ressenti ce sentiment auparavant, celui d’être mal pour quelqu’un qu’on aime tant.

     Je me souviens qu’on devait absolument s’habiller en noir, va savoir pourquoi…

    Je sens encore ses larmes sur mon front quand elle me prit dans ses bras. Je ne pensais pas que ma mère pouvait pleurer, je pensais qu’elle avait le pouvoir de ne jamais être triste et d’être toujours heureuse. Pour moi c’était une héroïne, et je ne comprenais pas comment une héroïne pouvait avoir de la peine. Je me souviens des seules paroles qu’elle m’a dites : « Tu l’aurais tellement aimé ». Je n’ai pas tout de suite su de quoi, ni de qui, elle parlait. Au fur et à mesure du temps j’ai enfin compris, suite à la mort d’un être cher, ma mère n’avait pas d’autre choix que de montrer son émotion cachée.

 

Tag(s) : #autobiographie MG4
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