Publié par Badroudine

Johannesburg - Afrique du Sud

Johannesburg - Afrique du Sud

Les "manmans" cultivaient la fierté. Il était impensable que leurs enfants puissent ne pas bien manger. La hantise du plat vide est de culture créole. Elle rôde dans l'histoire et parvient jusqu'aux cases de la ville.

Une enfance créole, Patrick Chamoiseau

     Je vais vous dire, ou plutôt vous décrire, à quel point l'on peut souffrir en étant pauvre. Qu’est-ce que cela fait de le cacher par honte ?  De voir les gens autour de vous s'amuser, et profiter de leur vie, simplement, avec leurs sous ?

    Je vivais, étant petit, dans une petite banlieue parisienne. J’ai vécu avec ma famille d'adoption jusqu'à l'âge de cinq ans environ, avant que ma mère biologique ne me récupère dans mon pays natal, qui est une lointaine contrée d'Afrique centrale.

    Là-bas, le simple fait de venir de France était déjà mal vu. Passons. J’ai rejoint ma ville natale où j’ai retrouvé ma mère. C'est là que le drame commença, elle n'était pas méchante, elle était toute simple, gentille et attentionnée, mais elle ne parvenait pas à subvenir à ses besoins en travaillant. Mon arrivée l'obligea à conjuguer deux emplois. Elle n’y parvenait pas, mais, malgré tout elle essayait de subvenir à nos besoins.

   Quelques mois plus tard, ce fut en plus en plus difficile, et ma scolarité, payante, lui asséna un coup au portefeuille, comme au moral. Il s'ensuivit des dettes et des loyers non payés. Pourtant nous gardions le sourire, et nous essayions de ne pas montrer notre manque de moyens, malgré mes vêtements de moins en moins propres. J’étais en bonne forme, je dus et je pus, un temps, cacher à mes camarades de classe ma pauvreté. Était-ce par honte, ou avais-je juste peur des pensées et des réflexions que pouvaient avoir les gens à mon égard ? Ressentirais-je de la honte si je laissais voir ma situation ?

   En effet, je commençais à le déceler, jusqu'à ce que l'on m’annonce mon retour en métropole française. Malgré cette histoire, je continue de garder cette honte intérieure. Pourtant, aujourd’hui, je vis une situation financière plus que suffisante, mais cela restera gravé en moi.

 

Le sentiment tenace de la pauvreté
Tag(s) : #autobiographie MG1
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