Publié par Noémie

Mauvais passage

J'ouvrais la bouche le plus possible pour y laisser pénétrer l'oxygène, je gonflais la poitrine, mais l'air ne voulait pas entrer ; cette impression que mes poumons s’étaient soudainement remplis d'une sève compacte, de plomb. Je les sentais lourd tout à coup. Mon corps tremblait, semblait ne plus m'appartenir, ne plus répondre à ma volonté. Comme un corps vieillissant qui s'affranchit de l'esprit, est abandonné par celui-ci, refuse de lui obéir. Le corps qui devient un fardeau.

En finir avec Eddy Bellegueule (2014), Edouard Louis

    Ils étaient tous comme des vautours, à attendre que tu baisses la garde.

    Et tu l’as fait, tu t’es fait avoir, dévorée par ces personnes insensibles à la vie, n’éprouvant aucune compassion !

    Tu n’as pas su te défendre, tu es restée prisonnière de ces injures.

    Au lieu de contester, tu t’es cachée.

   Tu es restée dans l’ombre pendant des mois et ta vie a empiré, tu n’as pas réagi assez tôt. Et maintenant il sera dur d’en sortir, il faut te battre, tu as le droit de vivre de la même façon que les personnes qui t’entourent, tu as le droit de manger, et de t’imposer !

 

     Personne n’aurait dû jeter tes assiettes au sol en affirmant que ton corps les remercierait. Tu n’as pas trouvé le courage de leur répondre, alors une avalanche de menaces est arrivée et tu t’es retrouvée ensevelie.

     Pourquoi n’as-tu pas réagi ? Est-ce arrivé si vite ?

    Tu ne t’en souviens plus. Un vide qui s’impose, t’oblige à oublier, oublier toutes ces atrocités.

 

    Comment peut-on oser faire ça ? L’apparence a-t-elle tant d’importance ? Au point de t’être fait repousser de la sorte, à seulement quatorze ans, tu te retrouvais déjà seule dans ce calvaire, cette boucle infernale qui ne cesse pas.

    Les méchancetés et les actes démesurés, c’était à toi de les surmonter.

    Cette course à l’école… tu t’es entraînée à courir mais, pour eux, tu ne pouvais que souffrir, et ils ont décidé de proclamer que tu ne courais pas, tu roulais. Et toi tu t’es écroulée, tu n’as pas supporté. Tous ces rires, tous ces pointages rivés sur toi. Tu t’es braquée, toutes les récrés tu t’enfermais.

 

    Mais trois personnes sont arrivées, pour toi comme des fées ! Elles t’ont délivrée, délivrée de toutes ces personnes acharnées, affamées de ta souffrance. Elles t’ont imposée à eux, et tu t’es sentie mieux, comme protégée par des dieux.

    Et tout s’est enfin arrêté, tu es remontée sur ton nuage blanc. Tu as repris ta vie d’enfant.

 

    Mais cependant tu ne les remercieras jamais assez ! Elles t'ont sauvée, sortie d'un gouffre dans lequel tu étais avalée.

    Ta vie, tu l'aurais surement continuée sous l'emprise de toutes ces personnes infâmes, mais comment ?

    Et tu t'es remise sur pied, tu t'es raccrochée à ce petit bout de corde qui pendait, tu es montée jusqu'à la moitié... Et il te reste encore du chemin à parcourir. Mais tu arriveras au sommet, au moment désiré.   

    Pour vous les filles, merci.

 

Tag(s) : #autobiographie MG4
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :