Publié par Loeiz

Claustration,évasion

Combien étranges les semaines qui ont suivi.
S'ils ont été heureux de ta réussite, ils ne t'en ont rien dit. Tu vas quitter l'école pour n'y jamais revenir. Mais tu ne peux rien contre ce sentiment d'effondrement qui te submerge.

Lambeaux (1995), Charles Juliet

          J'avais environ quatorze ans quand cela a commencé. Vers la quatrième. Une envie de liberté, de tout arrêter, de tout lâcher pour ne plus connaître le sentiment d'enfermement. Mais arrêter quoi ? Lâcher quoi ? Tout, l'école surtout. C'est à cet âge-là que j'ai commencé à regarder par la fenêtre de la salle de cours, en me demandant pourquoi j'étais ici. Pourquoi faire tout ça, alors qu'au fond je n'en avais clairement rien à faire du cours de mathématiques, ou d'histoire-géographie, de ce que dit le professeur… Pourquoi me forcer à écouter les cours ennuyeux, monotones, répétitifs, alors que dehors – dehors ! – il y avait d'immenses possibilités : des choses beaucoup plus infinies qu'un cours, qui se résume à apprendre un théorème, ou bien à réviser les figures utilisées par tel auteur, dans tel texte...


         Dehors il y avait tout : mes amis, de quoi m'occuper, de nouvelles choses à découvrir. C'est dehors que j'ai appris beaucoup de choses, des principes, des valeurs, que je n'ai pas appris à l'école, ni au collège. C’est ainsi que j'ai commencé à me détacher du travail scolaire, à sortir de plus en plus, à oublier de faire les devoirs, et les faire à moitié, au dernier moment, le soir, avant de me coucher. Les professeurs qui comptaient sur moi n'ont pas compris ce qui m'arrivait. Ils ont essayé de me faire reprendre le « droit chemin » de l'école, mais cette sensation de liberté que j'avais dehors prenait le dessus, petit à petit. Mes notes n'étaient plus régulières comme avant, elles n'étaient pas mauvaises, mais moins bonnes.


       Je me rappelle encore la joie que j'avais quand je sortais voir les autres dehors. Je trouvais ça beaucoup plus drôle que de réviser. C'était devenu une habitude d'aller les voir et d'en oublier ma famille, de ne rentrer seulement que pour manger et dormir. Ma vie était dehors. Mais à un moment, ça n'allait plus à l'école, à cause de mes sorties répétitives, j'ai dû me remettre à travailler, et trouver un juste milieu entre travail et sortie. J'ai réussi à trouver cet équilibre, et à toujours sortir beaucoup, tout en travaillant. Mes notes sont remontées, j'ai récupéré mon niveau scolaire, tout en gardant ce sentiment de liberté en sortant.


       Ce que je n'avais pas compris, c'est que ce sentiment de liberté était factice. Je le retrouvais en sortant, car on trouvait toujours un moyen de s'amuser, en créant de l'adrénaline, mais le vrai moyen d'être libre était de s'en sortir dans la vie. Ce que j'ai compris grâce à cette expérience, c'est que ce sentiment de liberté, je l'atteindrai un jour, quand j'aurais eu ce que je souhaite, une vie stable, un travail qui me convient. À ce moment-là, je pourrai faire ce que je veux, et ne plus avoir ce sentiment d'enfermement que j'avais plus jeune.

 

Tag(s) : #autobiographie MG1
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