Publié par Yoann

Rugby « Sud 29 »

Papa m'a dit que dans le nord c'est plein de Polacks. Des grosses brutes, des vraies bêtes sauvages.

Les Ritals, François Cavanna (1978)

       C'était un beau vendredi d'avant-match. Les coachs arrêtent l’entrainement et nous annoncent la feuille de match. Nous découvrons sur la feuille un de nos joueurs, Black, que je vais appeler Mamadou, pour préserver son anonymat. Mamadou fait un mètre quatre-vingt-dix, et plus de cent kilos, un « beau bébé », vous me direz. Le lendemain, nous avons match contre Plouzané, nos rivaux depuis bien longtemps. 

     Le lendemain, nous voilà arrivés à Plouzané, prêts à en découdre. Dans les vestiaires, on était comme des gladiateurs, personne ne parlait, chacun était concentré car c'était le match pour la première place du classement. Quand nous croisâmes l'équipe adverse, l'atmosphère devint beaucoup plus tendue que d’habitude, je sentais que ça allait être un gros match. 

     15h30 : début du match, et il s'annonce déjà difficile. Au bout de cinq minutes de jeu, Plouzané nous plante un superbe essai. À vingt minutes de jeu, toujours 5 à 0 pour Plouzané, mais Mamadou n'a pas dit son dernier mot. Il prend la balle et se démarque, là un joueur de Plouzané du nom de Jean, arrive et lui dit : « Bien joué, sale noir ! »

     C'est là que l'histoire commence.

     À chaque fois que Mamadou prend le ballon, ce sont des insultes de la part de l'équipe adverse : « Depuis quand un singe, ça joue au rugby ? » ; « Qu'est-ce qu’il fait là le gros nègre ? » ; « Retourne dans ton pays ! »

     La dernière, c’est la fois de trop. Mamadou et Jean se retrouvent face à face, et c’est parti pour une bagarre générale, si violente que les coachs eux-mêmes doivent nous séparer, et mettre quelques patates à l'occasion.

     L'arbitre siffle la mi-temps. Il coupe court à l’échauffourée.

     Mamadou, qui jusque-là avait tout gardé pour lui, nous dit tout. Nous étions plus enragés que jamais. Le match reprit, avec les insultes, qui venaient cette fois-ci du public. À dix minutes de la fin, les coups se mirent à  pleuvoir à nouveau car nous avions repris l'avantage au score.

     L'arbitre décida logiquement d’arrêter le match, qui devenait dangereux pour les joueurs. 

    Un an plus tard, nous rejouâmes contre Jean qui nous demanda si « l'autre singe » était parti. En effet, Mamadou avait arrêté le rugby car il subissait les insultes racistes à chaque match : le rugby n’avait plus rien d’un « jeu » pour lui.

 

Tag(s) : #autobiographie MG1
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