Publié par Ambre

Persécution

Ils m'y attendaient chaque jour. Chaque jour je revenais, comme un rendez-vous que nous avions fixé, un contrat silencieux. Je ne venais pas les affronter. Ce n'était ni le courage ni quelque forme de témérité qui me poussait à entrer dans le couloir.

En finir avec Eddy Bellegueule (2014), "La douleur", Edouard Louis

     Je me souviens ! Cet endroit, ce jour, cette heure où l'on s'est croisés pour la première fois ! Ce doux moment rempli de magie et de tendresse. Ce moment où le temps s'est arrêté : je n'ai vu que toi. Le moment où nos regards se sont croisés. Ce moment digne d'une scène que l'on voit dans les films. Ce coup de foudre si intense, si cru, si profond...

     Impossible à oublier ! 

 

    Ensuite, tout est allé très vite, un peu trop vite à mon goût... Nous avons emménagé ensemble au bout de trois mois, il me disait qu'il voulait se réveiller à mes côtés, qu'il m'aimait, qu'il voulait passer sa vie avec moi... J'ai donc accepté car j'en avais autant envie que lui ! Nous nous sommes par la suite mariés.

    Au début, tout était parfait. J'étais heureuse ! Il prenait soin de moi tout comme je le faisais avec lui, il me donnait des petits surnoms, me glissait des petits mots doux sous l'oreiller quand il partait travailler, il me préparait des plats, il était si doux et attentionné... Nous avions même une « routine bonheur » en fin d'après-midi, quand il rentrait du travail.

 

    Mais un jour, tout a changé, ou plutôt, il a changé...

   Ce jour-là, il semblait très énervé, son regard avait changé, aussi noir que l'obscurité. Il donnait des coups dans le mur, lançait des objets à travers les pièces... Je ne l'avais jamais vu se comporter ainsi... Il me faisait peur. Mais pourquoi agissait-il de cette manière ? Je voulais lui poser la question, mais j'avais peur de sa réaction... Puis j'ai pris mon courage à deux mains et je lui demandé... Je n’aurais pas dû.

 

   Depuis ce jour, coups, insultes – toutes les violences – n'ont plus cessé. La routine du bonheur se transforma en routine de l'horreur. Je redoutais ce moment de la journée, celui où il rentrait du travail, où je devais l'attendre dans le salon, ce moment devenu comme un rendez-vous. Ce moment que j'avais maintes et maintes fois tenté d'esquiver, en vain... Oui, ce moment où ses coups remplissaient mon corps d'ecchymoses. Et mes cheveux qu'il aimait tant tirer, mon cou qu'il avait pour habitude d'étrangler. Cette manie qu'il avait de me traîner par terre, ou de me plaquer contre le mur, et de me soulever par le cou dès quelque chose le contrariait, ces injures qu'il hurlait sur moi : « petite conne, sale chienne, grosse pute, espèce de salope ».   

   Il me répétait constamment : « Tu es ma femme, tu m'appartiens ! Tu fais ce que je te dis ! Et bien ! Ou tu sais très bien comment ça va se finir ! »

 

   J'avais constamment cette boule au ventre, comme si mon estomac n'était plus qu'un amas de nœuds. Je me demandais toujours combien de temps j’allais encore endurer cette violence et cette souffrance constantes. Ces persécutions avaient provoqué en moi une totale perte de confiance. Le mal-être et le sentiment d'impuissance avaient pris possession de moi.

   Avec le temps, j'ai fini par me dire que les coups que je recevais m'étaient destinés, et que si je les recevais, c'était parce que j'avais fauté, et que je les avais mérités.

   Durant des années je lui ai obéi, sans rien dire, par peur des représailles et des menaces de mort qu'il m'avait faites si je parlais de cette violence, à qui que ce soit.

 

   Mais tout cela est à présent fini ! J'ai réussi à sortir la tête de l'eau et à avancer grâce à l'aide de personnes bienveillantes.  

   Cette épreuve m’a fait voir la vie sous un angle différent. J’ai compris que je n’étais pas fautive, que c’était inacceptable.

   Je me reconstruis peu à peu car ces violences font partie de mon passé. J'ai appris à vivre avec.

 

Tag(s) : #autobiographie MG1
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