Publié par Guillaume K.T.

Norman Rockwell

Norman Rockwell

Un jour, je tombai sur une photo que je n'aurais pas dû voir... je passais mes vacances chez ma grand-mère, dans cette ville aux abords de la steppe russe où elle avait échoué après la guerre.

Le Testament français, Andreï Makine

        C'était lors d'une après-midi d'été. Avec mon grand frère, il était coutume que nous lancions une partie de cache-cache afin de vaincre le terrible ennui qui pesait dans la maison de mes grands-parents. J'aimais beaucoup me cacher dans des endroits improbables mais cette fois-ci ma cachette avait déjà été mûrement réfléchie : le grenier.

       On y trouvait tout et n'importe quoi à la fois, mais ce fameux jour ce n'était pas tout à fait n’importe quoi que j'allais trouver. Il y avait dans un carton recouvert de poussière, un livre qui paraissait aussi vieux que mes grands-parents. Dedans, il y avait plusieurs photos de famille sur lesquelles on pouvait voir des gens qui souriaient de tout leur cœur. C'était à peine si je reconnaissais mes grands-parents car ils avaient bien changé depuis le temps. Mais là n'était pas mon étonnement. Une page sur deux, il manquait une photo, voire deux, comme si quelqu'un les avait enlevées. En quête de réponses, je me mis à fouiller le carton frénétiquement, et je vis au fond de la boîte une enveloppe jaunâtre qui semblait avoir été blanche un jour. Elle était légèrement déchirée sur les coins et avait été rafistolée avec du scotch. À l'intérieur, il y avait une bonne trentaine de photos qui semblaient avoir été décollées. Sur toutes ces photos sans exception, un homme apparaissait, souriant d'un sourire qui apaise, qui calme, qui me mettait en confiance comme si son regard m'était familier. Le regard fixé sur l'une des images, j'essayais tant bien que mal de trouver dans ma mémoire quelqu'un à qui associer cette mystérieuse personne mais cela ne cessait de me ramener à mes grands-parents. Peut-être avaient-ils un lien de parenté ? À peine cette réflexion faite, mon frère surgit derrière moi pour m'effrayer et m'annonça d'un large sourire qu'il était temps d'échanger nos rôles.

      Le soir, après le souper, je m'engageai dans la chambre de ma grand-mère afin d'éclaircir le mystère qui flottait autour de cet homme. Lorsque j'eus passé le pas de la porte, je vis ma grand-mère cacher d'un geste vif quelque chose qui semblait rectangulaire sous son coussin, mais je fis mine de ne rien voir. Alors, déterminé à connaître la vérité, mais ne sachant pas comment engager la discussion, je lui remis l'enveloppe rapiécée et j’attendis une quelconque réaction de sa part. Après avoir regardé quelques photos, elle me regarda et me demanda si je me souvenais de lui. Je lui répondis que non et elle m'expliqua alors qu'il s'agissait de mon oncle, son fils, et qu'il était décédé à peu près deux années après ma naissance. Elle me raconta que, par le passé, lui et moi jouions énormément ensemble, et que malgré sa maladie il était toujours souriant et parvenait toujours à transmettre son sourire aux gens autour de lui. Ma grand-mère conclut en disant que s’il n'y avait aucune photo de lui nulle part, c'était pour éviter que son sourire rende triste chaque fois qu'on le voie.

       Touché par son histoire, je sortis de la pièce et elle me dit que ça ne la dérangeait pas que je garde les photos, mais la peine que je ressentais m'empêcha de répondre.

      Dans mon lit, le soir, je cherchai les moindres souvenirs de lui dans ma mémoire afin de ne plus jamais oublier cet homme si souriant.

Tag(s) : #autobiographie MG1
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