Publié par Tom

Prise de conscience

J'étais prisonnier entre le couloir, mes parents et les habitants du village. Le seul répit était dans la salle de classe. J'appréciais l'école.

En finir avec Eddy Bellegeule (2014), Edouard Louis

          Je suis originaire d’un milieu aisé et j’ai grandi dans une grande et belle villa, de style colonial : une grande maison blanche avec ses colonnes imposantes, sa piscine et un grand jardin arboré dans lequel j’avais l’habitude de jouer au football avec mon père, après l’école.

        Un jour, en revenant de l’école, je me souviens avoir discuté avec mon père de l’arrivée de trois nouveaux élèves dans mon établissement. C’était trois frères, fils d’une femme veuve et qui n’avait pas d’emploi. Heureusement, elle trouva un petit emploi, pas très bien payé mais qui suffisait à subvenir à leurs besoins principaux.

        Mon père me demanda d’être gentil avec eux car leur vie était difficile. En effet… Le lendemain, malgré leur dégaine non avenante, avec des habits rapiécés, complètement démodés, non assortis, je persuadai mes copains de les intégrer à notre bande car ils n’avaient aucun ami. Nous les trouvâmes gentils et drôles.

        Quelques mois plus tard, ils nous invitèrent à venir jouer chez eux, et c’est là que je pris leur misère en pleine face ! Je me rappelle qu’ils habitaient une petite maison isolée, en pleine campagne, entourée d’arbres lugubres, à moitié morts, entourés de lierre, à tel point que je n'imaginais pas que quelqu’un pouvait y vivre.

        Elle semblait délabrée, sale, triste avec les volets cassés. Le petit jardin qui l’entourait n’était pas entretenu, débordant de veilles carcasses de voitures, parmi lesquelles réussissait à s’échapper une fleur, ici ou là. Je pensais qu’un ancien bricoleur de voitures avait dû habiter là auparavant.

        Le choc le plus fort fut de voir l’intérieur. Je me souviens d’un endroit très sombre, avec de toutes petites fenêtres, à peine de quoi laisser passer la lumière. Le sol était en terre battue et les quelques meubles présents n’étaient pas en bon état.

        C’est lorsqu’ils nous conduisirent dans leur chambre que je pris conscience de leur misère. En effet, ils dormaient tous les trois dans la même chambre, à même les matelas au sol. Leur chambre unique était beaucoup plus petite que la mienne. Pas de jouets, aucune décoration aux murs, c’est là que je compris qu’ils devaient mieux se sentir à l’école plutôt que chez eux.

 

Tag(s) : #autobiographie MG4
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