Publié par Rachel 

Ma parenthèse mongole

Que me servirait de te faire une description exacte de leur habillement et de leurs parures ?

Lettres Persanes, Montesquieu (pp.221-223)

       Aujourd’hui, je rejoins une famille nomade mongole chez qui je vais passer mon séjour. Je traverse d’abord une grande partie de la Mongolie, au début en voiture, et ensuite à cheval, tout cela en profitant des magnifiques paysages. En effet, j’admire les montagnes imposantes, les steppes à perte de vue ainsi que les lacs et les forêts. Seul le froid de ce mois de février et le vent tempèrent mon émerveillement devant toute cette splendeur.

      Une fois arrivée dans ma famille, je suis étonnée par le rituel qui doit être observé pour entrer dans la yourte. La porte est orientée au sud, de ce fait elle est traversée par les axes cardinaux et les piliers centraux représentent la liaison entre la terre et le ciel. Lorsque l’on rentre, il faut garder son chapeau et faire attention de rentrer du pied droit et d’aller vers la gauche sans marcher sur le seuil. Il ne faut pas passer entre les piliers centraux, et il ne faut pas tendre les pieds vers une autre personne ou vers le feu. Ce rituel me paraît un peu absurde mais, finalement, je me dis que c’est l’une de leur tradition à respecter et que nous aussi, en France nous en avons qui peuvent sembler étranges aux touristes.

      La famille dans laquelle je passe mon séjour est une famille d’éleveurs. Leur troupeau est constitué exclusivement de chèvres, ils ont aussi quelques chevaux pour pouvoir se rendre en ville et déplacer leur troupeau. En effet, ils sont nomades car la pauvreté des pâturages les oblige à se déplacer tout au long de l’année afin que les chèvres, et eux-mêmes, puissent se nourrir. Ce mode de vie me paraît extrêmement dur et fatiguant. Pourtant, cela semble pour eux être une richesse car leur environnement n’est jamais le même, leur paysage est toujours différent et magnifique.

      Malgré la rudesse de leur vie, les parents comme les enfants sont toujours souriants. Les enfants aident leur famille à l’élevage. Dans la plupart des familles d’éleveurs, les enfants ne peuvent pas aller à l’école car elles se trouvent trop loin, et les chemins sont dangereux à travers les steppes. Cela me paraît triste que les enfants d’éleveurs ne soient pas scolarisés. Mais je me rends vite compte de la relation particulière qui existe entre les enfants et leurs parents. On m’explique que les enfants bénéficient d’autres types d’apprentissages.

     Une relation particulière existe également entre la famille et leurs animaux d’élevage. L’élevage en Mongolie constitue la première ressource de la famille. Elle peut vendre les animaux, leurs produits, ou encore s’en servir comme nourriture. Cependant, ces chèvres sont pratiquement toutes domestiques. J’ai du mal à comprendre la relation entre l’animal et l’éleveur : comment ils peuvent être si proches, et par la suite comment les éleveurs arrivent à s’en servir comme nourriture. Le chef de famille me fait comprendre qu’il existe une relation de profond respect entre l’animal et l’homme. C’est pour subvenir aux besoins des animaux que ces familles sont nomades.

      La famille chez qui je passe mon séjour, comme toutes les familles nomades mongoles, se nourrit de lait, de produits laitiers, de viande, de viande séchée, de soupe d’os, de céréales comme le millet, et de thé.

      Ma famille m’apprend que la viande (aliment rouge) et les produits laitiers (aliment blanc) ne sont pas consommés de la même façon selon les saisons. En ce mois de février, les aliments rouges sont privilégiés car ils apportent plus de calories pour affronter l’hiver qui peut atteindre les – 40°. Cette alimentation me surprend dans un premier temps, loin de mon alimentation occidentale, je suis un peu perdue, parfois écœurée. Mais, finalement, je m’habitue vite à ces nouvelles saveurs. On me fait goûter quelques spécialités, comme le thé au lait, salé, avec du beurre ; les buzz, raviolis à la vapeur farcis de viande, qui jouent un rôle essentiel à la période de Tsagaan Sar, le Nouvel An Mongol. Ma famille décide de m’emmener au village le plus proche, afin que je puisse voir cette période de festivité de mes propres yeux. Nous partons tous, petits et grands, à cheval. Sur le chemin, ma famille m’explique que pendant cette période de Tsagaan Sar, se déroule une autre tradition. En effet, les mongols, surtout les éleveurs d’aujourd’hui, portent le deel, vêtement emblématique. Chaque ethnie possède sa coupe et ses couleurs.

      À mon arrivée, je constate que les femmes, comme les hommes, portent un grand manteau se croisant sur le devant. Les femmes privilégient les matières soyeuses et colorées, souvent ornées de motifs géométriques traditionnels mongols. La tenue est rehaussée d’une ceinture faite d'une longue bande de tissu enroulée plusieurs fois autour de la taille. Les hommes la choisissent souvent de couleur jaune ou orange, et les femmes de couleur jaune ou verte. Chaque personne peut modifier sa ceinture à sa guise. De plus, le chapeau est un élément essentiel de la tenue. Pour finir, les bottes traditionnelles sont souvent faites de cuir avec la pointe du pied recourbée vers le haut. Je trouve cette explosion de couleur merveilleuse, en comparaison de nos tenues occidentales beaucoup plus ternes.

      Au retour de cette fête, je sens encore le vent des steppes dans mes cheveux, j’entends encore le rire des enfants. Sous mes paupières chatoient toujours les couleurs de leurs costumes, dans ma bouche reste la saveur du thé au lait.

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