Publié par Samuel

Supposé barbare

Or je trouve, pour revenir à mon propos, qu'il n'y a rien de barbare et de sauvage en cette nation, [...] sinon que chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage.

Essais, Michel de Montaigne - Livre 1, chap.31, pp.110-111

Supposé barbare

 

       Je suis parti en 1803 et je reviens après deux ans de voyage, en 1805. J’étais parti en voyage, dans une aventure auprès d’un peuple à la réputation de barbare.

       Au fin fond de notre province, il existe un peuple bien connu géographiquement, mais très méconnu culturellement, personne n’y met les pieds, car personne ne les connait véritablement. Comme s’ils étaient détachés du monde, en totale autarcie, refermés sur eux-mêmes. Un peuple endurci au vent, au froid de l’hiver, à la chaleur de l’été comme à la pluie ; une population accoutumée au bruit des vagues qui glissent et s’écrasent sur les plages ; un troupeau vivant dans de sombres et sales habitations, s’éclairant à la lumière des cieux quand le soleil ose s’inviter.

       Ce sont des gens de culture lointaine, ne croyant pas aux mêmes légendes que nous. Non, chez eux, c’est bien pire encore, car on raconte que certaines histoires sont réelles, et certaines cruautés ne seraient pas légendaires… On raconte aussi que là-bas, on ne parle pas comme ici : ils jactent une langue étrangère, méconnue, une langue tranchante et glaciale.

       C’est pour ça que j’y suis allé, pour apprendre et savoir si ce que l'on dit est vrai. Ce ne sont pas des barbares, ils ne sont pas si sauvages que l’on veut bien le dire, par facilité rassurante – pour nous. Si nous les percevons comme tels, c’est parce que nous pensons que nous sommes la perfection. Nous pensons que nous avons la seule religion vraie, une culture plus évoluée, alors que nous ne sommes pas ouverts aux populations qui diffèrent de nous. Par peur d’une mauvaise rencontre, nous les qualifions de fous – voire de non humains ! –, mais personne n’a été vérifier avant moi leur supposée différence.

       Ils ne sont ni barbares ni sauvages : leur seule différence est leur culture ; et ma culture vis-à-vis d’eux, c’était ma peur.

Tag(s) : #regard sur l'autre MG1
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