Publié par Paul

Voyage insulaire

Un homme voyage pour sentir et pour vivre. A mesure qu'il voit du pays, c'est lui-même qui vaut mieux la peine d'être vu.

Le Voyage de Condottiere (1932), André Suarès

      Sitôt la sirène du bateau retenti, nous nous apprêtions à partir. La manœuvre se faisait en fin d’après-midi, et après avoir doublé les dernières balises du chenal, le bateau prit enfin son cap vers le large. Je regardais et j’écoutais avec curiosité les passagers étrangers. Mille et un détails les distinguaient de ce que j’étais habitué à voir. Ils étaient Anglais, Espagnols, Français et certains venaient même d’Europe de l’Est. Ils avaient chacun leurs mœurs, certains au matin prenaient des omelettes et des haricots, d’autres du fromage et de la charcuterie. Moi, comme à mon habitude, je me servis deux viennoiseries et un verre de lait.

      Le jour se leva et l’on aperçut, flottant sur l’horizon, les premières terres de ce nouveau pays. La terre sur laquelle je venais d’accoster était en réalité une île. Je m’en aperçus très rapidement car la nourriture du pays était très influencée par cette particularité. Je ne pouvais passer une journée sans manger du poisson ou des algues, que ce soit le matin, l’après-midi, ou le soir. On me les fit manger à toutes les sauces. Je commençais même à éprouver du dégoût pour la nourriture de ce pays.

      Sur place, les rituels sont très différents de chez moi. Déjà, il faut se dire bonjour de loin avec un petit signe de la main. Si vous avez le malheur de trop vous approcher ou même de les toucher, ils vous lancent des regards désapprobateurs ou dégoûtés. Là-bas, leurs habits sont très sobres, les personnes sont vêtues de noir, que ce soit pour le travail ou les loisirs. Même les écoliers sont habillés avec des uniformes, ce qui donne une impression d’uniformité. La langue de cette nation m’était totalement incompréhensible, cependant elle était très chantante, et les gens de ce peuple maniaient les mots avec élégance.

      Après un séjour d’un mois dans cette région, je devais malheureusement la quitter, et laisser derrière moi tous les souvenirs des rencontres amicales. C’est avec émotion que je fis mes adieux à ce charmant pays.

Tag(s) : #regard sur l'autre MG1
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