Publié par Yaël

La haine des pauvres

Nul ne doit croire qu'il en sait plus que les autres, et que la raison n'habite que dans sa tête, c'est ainsi que l'enseigne notre grand Confucius ; et si vous m'en croyez, vous ferez très bien de vous en rapporter au concile de Trente

Traité de la tolérance, Voltaire, Chap XIX

      Il y a de cela deux siècles, Charles Agulls, un homme riche vivant dans la haute société, ne pouvait supporter que les pauvres vivent dans les rues de la capitale, où il demeurait. Un jour, sortant de sa calèche, il vit une femme avec deux enfants. La femme était vêtue d’une robe tachée de boue, mais au visage empreint de dignité. Ses enfants avaient chacun un haut marron et un pantalon troué. Charles les regarda avec dédain, et lâcha un soupir de dégout. L’un des deux enfants lui rendit son regard, et lui dit :

      « Vous savez monsieur, ce n’est pas de notre faute si nous sommes pauvres. »

Charles s’arrêta et lui répondit :

      « Si ce n’est pas de votre faute, de qui alors ? »

Le petit enfant baissa les yeux et d’un air sûr, rétorqua :

      « C’est de la vôtre, et de celle des riches ! »

      « Ah, vraiment ? Nous vous laissons vivre dans cette ville, sans vous poser de problème ! S’il y a une faute à rejeter, c’est sur votre misérable mère qui n’est pas capable de trouver un travail convenable pour vous nourrir ! » s’exclama le bourgeois, énervé.

      La mère, qui jusqu’ici n’avait rien dit, prit la main de ses enfants, et dans un élan de colère lui dit sèchement :

      « Si encore vous nous laissiez choisir le travail que l’on veut, il n’y aurait pas de problème ! Mais vous ne pensez qu’à vous, tant que vous êtes tranquilles, la vie des autres vous importe peu ! Moi, je me démène tous les jours pour essayer de subvenir aux besoins de ma famille, alors que vous, vous passez tout votre temps avec vos amis… et vos femmes ! Vous gagnez largement plus que nous, sans rien faire ! »

      Charles, ne pouvant contredire la femme, tourna la tête d’un air hautain et partit sans mot dire. La femme et les enfants continuèrent leur route. L’un des enfants lui fit une grimace et retrouva sa mère au pas de course.

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