Publié par Camille Lg

Des rescapés des attentats se font tatouer pour avancer dans leur guérison du traumatisme

Des rescapés des attentats se font tatouer pour avancer dans leur guérison du traumatisme

13 novembre 2015, Bataclan

Je pense à des pétards ? 

L'incompréhension d'abord, puis le déni m'emporte, tandis que ces affreux tirs de kalachnikov font vibrer mon corps tout entier. Je perds le contrôle.

         J'étais allongée, ne pouvant hélas plus bouger, je ne savais pas si c'était ma conscience ou mon corps qui souffrait le plus, mais la première balle logée dans ma jambe me faisait oublier la deuxième, non loin de mon omoplate. A ce moment-là, j'avais envie de vivre ! Bien que mon état empirait, que la chair et le sang me recouvraient, que cela enflammait mes blessures, je pensais à ma fille. Ô mais que va-t-elle devenir ! Une vie sans un exemple, je ne voulais pas qu'elle vive comme moi, l'abandon d'un père. Mon cœur battait aussi vite que les vies partaient autour de moi, si vite, qu'il commençait à me faire mal lui aussi. Rien ne s'arrêtait à part l'espoir que j'allais sortir d'ici autrement que les pieds en avant, et des regrets dans la tête ! Mes sens commençaient à se mélanger, je sentais l'agonie des blessés, encore vivants, allongés, mais presque morts, autour de moi ; j'entendais la douleur qui allait me hanter tout le reste de ma vie.

         Je le vois arriver vers moi, je ferme les yeux, je suis aussi morte que mes voisins, j'espère qu'il le voie, j'entends la douille de la balle qui me traverse et me fait tomber à terre. Je ne veux pas gémir, hélas, je ne sais plus si je veux vraiment vivre, je ne sais plus si je vis vraiment ! J'arrive à ouvrir mes yeux, tout est noir hormis le rouge du sang des armes de mort.

Ô mais quand cela va-t-il se terminer ?

         Il fallait que je m'accroche, je ne voulais ni la décevoir, ni perdre ma foi.

IL allait me sauver.

Mon corps commence à me lâcher, à m'abandonner à petit feu.

J'entendais toujours la musique résonner, autant que l’idée de ma mort qui pénétrait mon esprit.

         Nous étions des centaines, et pourtant seule, souffrant seule dans cette grande salle, j'agonisais en pensant aux deux seules raisons qui me maintenaient en vie. Ma douleur allait-elle un moment s'atténuer ?

Y aura-t-il une autre fin à ma vie que celle-là ? 

Je savais déjà, à ce moment-là, que je ne vivrais plus jamais comme avant. Depuis ce jour, mon seul but est de survivre. Handicapée, je ne ressens plus rien. C'était il y a cinq ans, mais ces souvenirs me hantent comme si c'était hier, cette nuit m'avait anéantie. Ma fille avait en effet perdu une partie de sa mère, mais je remercie Dieu de m'avoir laissée en vie.

Ou peut-être pas ? Je me sens à moitié morte, je me demande si ma vie a toujours un sens, tout en me rappelant que ces corps qui étaient autour de moi, que je vois encore et encore, n'auront jamais à se poser ces questions.

Tag(s) : #pathétique, #dramatique, #1G7
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